Ce qu’ils ne veulent pas entendre

Bonjour-bonjour,

Je n’ai pas envie d’écrire cet article et, en même temps, j’en ai marre de me taire à chaque fois. Encore un article sur ça. Et j’aime le côté minimisateur du « ça ». Du harcèlement de rue, puisqu’il est important de dire les mots. Quand je dis qu’ils ne veulent pas entendre, j’aurais pu dire « on » parce que moi non plus je ne veux pas entendre. Je ne veux plus, j’ai tellement les larmes aux yeux quand je lis les expériences toutes diverses et horribles que vivent les femmes dans la vie de tous les jours. Comme celle de Diglee, par exemple. Je ne veux pas entendre ça, j’aimerais tellement vivre dans un monde normal. Bref, ça me saoule, alors je vais ajouter ma pierre à l’édifice, parce que les derniers articles que j’ai lu sur le harcèlement de rue m’ont convaincu que c’était important que chacune apporte son témoignage. Je vais donc parler de mes quelques mésaventures. Mésaventures parce que ça pourrait être tellement pire mais que ça ne va pas. Ca ne va pas du tout que 100% des femmes subissent ce genre de choses ou pire.

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Source : Colère : Nom féminin, cliquez sur l’image 🙂

J’étais à un arrêt de bus au centre-ville de Tours, près de la gare. J’étais fatiguée, je m’étais promenée toute la journée donc j’étais assise sur le banc. Un mec s’assoit à côté de moi. Super. Pas super. Il est plus vieux que moi, 35-40 ans. Il me parle, me raconte sa life. Je ne lui réponds pas, j’attends mon bus. Un bus s’arrête, ce n’est pas le mien par contre, le mec regarde le bus. Je le vois bien du coin de l’oeil. Il regarde le bus, me regarde et continue de raconter sa vie. Il me pose des questions, je ne réponds pas ou à demi-mots parce que j’ai envie qu’il me foute la paix. Son bus repart. Il se fait insistant « allez sois sympa, j’ai raté mon bus pour toi ». Je panique intérieurement « fous-moi la paix, je t’ai rien demandé ». Mais ma bouche n’articule pas c’est bizarre. Mon bus arrive, ça va mieux. Je monte dedans, il ne me suit pas, ça va mieux.

Je suis à Saint-Pierre-des-Corps, je fais mes courses à l’hypermarché, normal. Comme chaque fois que je fais mes courses, je parcours les rayons dans l’ordre. Je repère un mec. Puis je me rends que j’ai oublié des trucs donc je repars dans l’autre sens. Et ce mec je le recroise. Mais bon, je reste concentrée, en plus j’ai ma liste et je veux tout trouver. Mais il est là souvent ce mec. J’ai l’impression qu’il me suit. Mais c’est ridicule, je dois me faire des idées. Puis je ne trouve pas ce foutu bicarbonate de soude. Et il est encore là ce mec. Cette fois il vient me voir « je viens d’arriver dans le coin tatati tatata, je cherche à me faire des amis gna gna GNA, tu veux pas me filer ton numéro ? ». Je l’écoute en réfléchissant au bicarbonate de soude et lui réponds non pour le numéro. « Ouais mais s’il te plaît j’ai pas d’amis ici et je t’ai suivi dans le magasin ». Je pense dans ma tête « C’est très flippant ». Ma bouche dit « Non non je veux pas donner mon numéro » et je m’en vais pour trouver le bicarbonate de soude (on se rassure avec ce qu’on peut, si je trouve le bicarbonate je suis sauvée). Et le mec me suit encore, mais vraiment dans mon dos cette fois-ci. Un peu flippée mais toujours focalisée sur mon histoire, je me dirige vers un membre du personnel de l’hypermarché. Il le voit, il file. Et la dame de Carrefour me trouve le bicarbonate de soude. Les courses sont finies, je repars chez moi.

En repassant cette scène dans ma tête, j’essaie de me rappeler si je portais une de mes jolies robes que j’adore ou un vieux fut’ fluide avec un vieux débardeur dont j’ai le secret en été. MAIS QU’EST-CE QU’ON S’EN FICHE ? Putain de vieux préjugés qui restent.

J’ai l’impression d’être hors-sujet avec mes deux histoires. Je ne me fais pas insulter ni tripoter au quotidien, donc je m’estime limite chanceuse. Mais c’est à cause de ces pauvres mecs que je suis constamment sur la défensive quand je sors seule et que je m’imagine un cercle de sécurité. Ca m’écoeure ces mecs à qui l’on devrait quelque choses. Dans leur tête. Vous êtes des malades. Dans aucune vie ça se fait de suivre quelqu’un, de le coller. CA NE PLAIT PAS.

Je ne me rappelle pas vraiment avoir déjà été insultée. Moi souvent, ce qui me donne la gerbe, c’est les regards insistants, les mecs qui bloquent, qui se retournent. J’ai des gros seins et je vous emmerde. J’aime les décolletés et je vous emmerde. Vos regards qui déshabillent, je leur vomis dessus. Y’a pas de pulsions qui soit. Ce n’est pas ça être un homme.

Je me demandais si mes histoires valaient la peine d’être racontées, ça fait trois semaines qu’il est écrit cet article. Puis j’ai lu cet article des Inrocks qui met un peu les choses au point, donc voilà. Faut se battre pour être une femme aujourd’hui. C’est pour cela que j’ai écrit ces mots. Parce que ça va mieux en le disant. Parce que ça nous arrive à toutes et qu’il faut qu’ils l’entendent. Et parce que ça ira mieux tout court un jour, hein ? Bien sûr. J’espère que vous allez bien tous <3

Sioux <3

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8 Comments

  • Bonjour Juliet,

    Comme c’est flippant ces situations , comme je te comprends. C’est un phénomène est assez récent je pense, il y a quelques années ( je parle comme une vieille, 😉 ) les hommes n’osaient pas se comporter ainsi, enfin, moins il me semble et pas de façon aussi insistante. Alors je ne sais pas ce qui a pu provoquer cela, mais à la limite je m’en fiche, je sais juste que je n’ai pas envie de vivre dans ce monde et encore moins que ma fille soit confronter à ça. Il faut en parler. Bravo d’avoir eu le courage de le faire.

    • Mallory <3 Je n'ai pas encore d'enfants mais vu que j'ai envie de tout défoncer à l'idée que mes deux petites soeurs puissent être victimes de ce genre de comportements, je peux imaginer ton sentiment. J'espère vraiment que les prises de paroles qui sont toujours de plus en plus fortes, permettront une prise de conscience puis une évolution des mentalités. Si c'était mieux avant, cela peut et doit revenir mieux plus tard. Merci beaucoup pour ton commentaire et ton soutien, cela me touche énormément <3

  • Dernièrement je me suis vraiment faites draguer avec gentillesse et délicatesse et ça s’est vraiment agréable mais j’ai des souvenir un peu comme les tiens dont un matin trèèèès tôt à un arrêt de tram de Montpellier ou je me suis fait harcelé par un mec complétement bourré qui a fini par être méchant avec moi car je ne voulais pas l’écouter…. On ne se sent jamais rassuré il y a tellement des gens bizarre…

    On est chanceuse comme tu dis il y a pire que nous mais ils nous font chier ces bonhommes en chien à longueur de temps !!

    • C’est pour cela que je trouve le tableau des Inrocks parfait, parce qu’il y a des situations où cela peut être sympa de flirter un peu avec un mec qui te drague. Mais dans la plupart des situations de la vie quotidienne, on a autre chose à faire qu’à supporter comme tu dis ces bonhommes en chien à longueur de temps. J’espère que les mentalités vont évoluer, le plus tôt sera le mieux. Merci d’avoir témoigné <3

  • Non tes histoires ne sont pas hors sujet je trouve! Si tu avais un mec cela ne te serais jamais arrivé. POINT.
    Des coups de klaxons, sifflets, regards bien lourds j’en ai eu à la pelle.
    Mais j’ai une histoire qui m’a bien marqué.
    Pleine été à Sens, je sors de chez une amie qui habite un quartier assez d’apparence tranquille (vers le collège Saint Etienne si tu vois…) Alors oui il faisait chaud et je me souviens très bien que j’étais en débardeur/short mais est ce que c’est une excuse! Un mec me double doucement avec son vieux camion blanc flippant et me siffle. D’ordinaire je ne réponds jamais mais là le mec s’est pris un double fuc# agrémenté d’un audible CONNARDDDDDDDD.
    J’étais fière de moi jusqu’à ce qu’il s’arrête! J’ai vite fais demi tour en prenant mes jambes à mon cou!!!!

    Quand je pense à ma petite soeur de 8 ans, j’espère sincèrement que les mentalités auront évoluées.

    • C’est vrai que c’est un quartier calme ce coin-là, ma pauvre tu as dû avoir la peur de ta vie quel abruti l’autre. Ce sont des comportements qui ne relève plus de l’humanité pour moi à ce stade. Et c’est vrai que ça fait peur pour les jeunes générations, j’ai tellement envie de les protéger <3

  • Non seulement réfléchir à comment on était habillé c’est pas bien parce que c’est pas à nous de changer de tenue, mais de toute façon même habillées en sac à patate on se fait emmerder donc l’excuse est bien bonne ! Le pire c’est que cette mauvaise foi elle vient de quoi, du fait qu’ils sont vraiment convaincus qu’on leur doit notre cul quand ils ont décidé que ? C’est dégueulasse.
    Ca fout la rage de voir certaines nana obligées de se changer pour passer à certains endroits à certaines heures, de simplement faire le calcul avant de partir « ptet pas la petite robe vu où l’on va », ou de se dire « dommage c’est le soir, j’peux pas rentrer si tard toute seule ».
    Bien creepy en tout cas tes histoires, moi je me suis essentiellement faite insulter après avoir ignoré les mecs qui balancent des « t’es charmante » dans la rue mais jamais faite suivre, je m’estime heureuse -_- fin bon, se faire accoster pour se faire traiter de salope c’est jamais très agréable non plus (y)

    • Je sais bien, ça me fait tellement chier que mon premier réflexe quand je me rappelle de cette histoire soit de me rappeler ou d’essayer de me rappeler comment j’étais habillé. Ce n’est pas du tout une excuse, il faut se le mettre dans la tête.
      Je suis dans le même état que toi quand je vois le genre de témoignages dont tu parles. De la rage et beaucoup de tristesse car ce n’est pas à nous d’adapter notre habillement mais aux autres d’apprendre la simple notion de respect.

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